15/08/25

Cher Ami,

L’homme, superbe, s’est lancé à la conquête de la planète, de la vie ; nouveau propriétaire, il applique les pronoms possessifs à tout sans développer de sentiment de responsabilité. Saint Ex le propose au Petit Prince dans sa relation avec sa Rose. Ingénuité humaniste qui évite la réification de ce qu’on veut à soi : le possesseur responsable se projette dans l’objet devenu une extension de lui-même.

Dans un mouvement inverse, le système capitaliste dépossède l’être humain de ce qu’il produit en échange d’une rémunération. La monnaie, d’une valeur réelle à l’origine convenue pour faciliter les échanges, est devenue une fiction qui promeut la consommation dans une société globale : « Le fétichisme de la marchandise »*. Le système fonctionne et le détournement promeut l’avilissement ; on ne travaille plus à un « projet », asservi, on vit la société de consommation. Et le sujet, lui devient un objet marchand au milieu des autres. L’analyse dialectique originale de Marx a vu juste ; le communisme de la lutte des classes et son nouveau système n’ont abouti qu’à plus d‘autoritarisme.

Le libéralisme poursuit sa marche. Dernière réification, la pensée humaine pour tous : notre capacité à réfléchir est substituée, pour la joie de tous et l’euphorie des Bourses, par des moteurs de recherche qui répondent à tous types de question, instantanément. Aliénation suprême, sans responsable du discours, de sa véracité, de sa diffusion…

L’homme ne sait composer avec la structure matérialiste de l’existence ; la vie n’a pas de sens. Pourquoi ne pas céder à la nouvelle supercherie de cette réalité marchande ? Le capitalisme a dépassé les limites, et l’environnement donne des signes d’épuisement : la non-vie a pris le pas sur le vivant. La crise écologique va imposer, avec une violence naturelle, une révolution sociale au genre humain. 

La respublica est aux ordres de potentats libéralistes : le Capital régit les représentants du peuple élus dans un simulacre de démocratie : les hommes politiques sont pris au piège du jeu des apparences d’un guignol planétaire.

     *Livre I du Capital  

#marx #libéralisme #ia @captmac97

18/04/25

Cher Ami,

Dans ces périodes troublées, la tentation du repli sur soi est grande ; il ne faudrait pas grand-chose pour que je me complaise dans mon bout du monde. Mais notre planète est en effervescence !

En politique la perte du leadership des USA est ostentatoire, son président l’accélère : l’avènement d’un nouveau multilatéralisme dans moulte domaines est plus qu’incertain. L’économie mondiale ne sait conjuguer une forme de progrès et une prise en compte des limites de notre planète. La baisse de la population planétaire et son vieillissement n’ont pas été anticipés, ni les conséquences sociales etc. La guerre sans limite pratiquée par quelques dirigeants fachistes maintient le risque d’une extension incontrôlée. L’épée de Damoclès d’une nouvelle pandémie n’est pas écartée. La croissance d’une frange de population richissime au détriment des 4 milliards d’êtres humains qui, au mieux, dépassent le seuil de pauvreté, crée un déséquilibre explosif : l’omission de cet état de fait et l’inaction des autorités pour l’amélioration des conditions de vie des démunis et discriminés nourrissent une légitime révolte. Le réchauffement de la planète commence à peine à révéler ses conséquences, incommensurables.

Le quidam ne sait où donner de la tête, et des pieds.

Une maison imaginée au milieu d’un jardin protecteur a été réalisée sur un coup de pot ; un amour de vingt ans ne pâlit pas ; les sollicitations de cinq enfants et d’autant de petits-enfants me font partager leurs jeunes vies ; quelques amis fidèles dénoncent mes idiosyncrasies et divergent de mes opinions ; mes travaux d’écriture m’obligent à une introspection critique quotidienne ; mon gériatre me recommande de ne pas toucher à l’équilibre que je me suis inventé.

La situation externe est cauchemardesque, l’interne est souriante.

L’inaction me pèse ; l’agitation militante m’afflige : le parti-pris détourne de la vue d’ensemble. Après avoir élu quelques sources d’information non alignées, je me donne bonne conscience en signant les pétitions de ma boite courriel. Sans énergie débordante, je ne sais où appliquer mon peu de vertu, et confesse mon insatisfaction.

04/04/25

Cher Ami,

Quand aucune hiérarchie et événement officiel n’interfèrent, la première invitation dans la demeure d’une personne cordiale marque un pas vers plus d’intimité : à franchir le seuil du domicile, la civile politesse s’écarte. L’amphitryon baisse la garde, s’expose d’un mouvement amical, attendant de son hôte une démonstration à son aune. On s’émerveille : « Votre intérieur vous ressemble … »,« Il y a longtemps que nous souhaitions vous inviter… » . Agapes et libations complètent la scène. Le nouveau convive voit dans le quartier, la ville, un cadre à l’hospitalité.

Aujourd’hui, l’urbanisme et les appartements font souvent oublier « le tour du jardin », réduit à la portion congrue ; il est sorti du rituel de la visite de bienvenue. Il était potager, verger, d’agrément, en espalier, français, anglais, gazonné, à plates-bandes ou en parterre, fleuris avec ou sans allée ; parfois un banc, un treillage, une charmille, voir une serre ou un abri-vent, une tonnelle sous les ombrages, un bosquet … L’hôte révélait à l’occasion un violon d’Ingres, le nouveau venu appréciait : l’espace planté était une illustration.

Aiguillonné par l’intuition, un coup de dé m’a offert l’opportunité de jouer au jardinier : souvenirs et réminiscences en bandoulière, aidé d’une main et d’un œil de maître, j’ai participé à la naissance de notre jardin : je ne l’avais rêvé, mais il a éclos dans un grand espace que le propriétaire précédant avait désolé. Trois ans passés, notre enclos me ravit ! A sa périphérie une large bordure sauvage de végétation locale ondule, comme laissé à l’abandon, préservant l’habitation des regards étrangers. En se rapprochant du centre des arbres fruitiers, plus courtois, et d’autres décoratifs se partagent une deuxième ceinture ; entre les deux cernes concentriques, un flou où la nature s’installe. Plus au centre, des essences locales, ornementales, sont dispersées en tâche pour faire croire à l’improvisation. Ces trois barrières isolent un ilot d’herbe rase, verte en saison des pluies, qui entoure la maison d’une fraîcheur partielle et d’une luminosité exagérée : une agréable impression de bout du monde .