14/02/25

Cher Ami,

Une grande actrice, devant la foi déposée par des millions d’américains dans les promesses de Donald Trump, caractérise la population des USA « d’adolescente » ! Le sarcasme est relayé par des millions de « likes ».

Un psychiatre-psychanalyste français, érudit du siècle passé, disait à la fin de sa vie : « Moi j’ai toujours 5 ans ! ». Ces deux provocations ont une part de vrai ; l’être humain n’atteint que rarement la maturité qui en ferait un être raisonnable. « Je pense donc je suis » ne sous-entend pas une rationalité ; l’introspection fait découvrir combien nous sommes dérangés, dans nos efforts à cerner la réalité ; une subjectivité de tous les instant interdit l’objectivité. Sans parler du langage où chacun met et écoute ce qu’il veut : petit délire, malentendus et quiproquos. Le savoir n’existe pas malgré les scientifiques qui segmentent la connaissance à n’en plus finir, et la pensée complexe qui complexifie. La sagesse requiert doute et détachement.

Contre la tendance à l’hystérie individuelle et la violence collective, un remède, qui n’en est pas un stricto sensu, la culture : elle présente un autre qui pense et vit différemment, mais néanmoins alter ego ; elle aide à relativiser les élans intransigeants, symptomatiques. Inconcevable dans la dystopie proposée par l’influenceur Number One de la planète : dans son pays où the money est le Critère, le reste essentiel est résiduel. 80% de ses concitoyens n’ont pas de passeport…

Nous sommes tous au mieux des adolescents qui l’ignorons souvent. La culture est un verni qui craquelle au premier mouvement instinctif. Sa résilience nous aide à penser, à douter des apparentes vérités, à ne pas croire aux obscénités proférer par un cuistre populiste qui profère la force comme unique modus vivendi, et la richesse matérielle pour une élite comme finalité à la vie.

Le vivant et ses adversaires finiront par défaire Donald et ses suiveurs ; ce que nous ignorons, est dans combien de temps et à quel prix ? Comment évaluer le pouvoir de feu des cowboys et de leur imprévisible narcisse de chef ? Quelle capacité de réaction aura l’environnement planétaire ?

29/11/24,

Cher Ami,

Violence et brutalité sont quasi synonymes ; le premier marqué d’excès, le second de rusticité. Mais pour revanche et vengeance, s’ils ont la même origine sémantique, le sens diffère. Revanche exprime la volonté de rendre la pareille (en bien ou en mal) visant l’équivalence : lexique des jeux et du sport l’utilise, confrontation sans fin à la recherche d’une « belle » hypothétique. Vengeance a le sens de punir, d’où venger son honneur ; l’offense inclut une dimension morale, la punition alors exclut l’équivalence avec l’acte originaire. La démesure est donc moralement possible et, à terme, l’élimination de l’offenseur. Le désir de vengeance a des racines profondes, noueuses, inexprimées/inexprimables. Escalade de violences mortifères en perspective…

Un préalable, la « solution » est toujours en devenir ; l’humain est l’aristocrate du vivant par sa volonté consciente d’exercer ses capacités, bagarre interminable, pour une vie meilleure dans un contexte mouvant.  

L’apartheid est mise en place en 1948 en Afrique du sud : Dirigeant de l’African National Congress Nelson Mandela, inspiré par Gandhi, prône « la désobéissance civile » quand, en 1952, il est emprisonné avec 8500 manifestants. Après le massacre de Sharpeville en 1960 (69 morts), Mandela crée le MK, branche armée pour le sabotage de lieux symboliques sans perte humaine. En 1962, il intègre une liste nationale de terroristes ; incarcéré, il est condamné à la détention à perpétuité. Après 18 ans de travaux forcés, en 1985 encore emprisonné, il commence à négocier la fin de l’apartheid. Libéré en 1990, il fait un discours pour la conciliation. Élu président de l’Afrique du Sud en 1994, il proclame sa volonté d’une « nation arc-en-ciel en paix avec elle-même et avec le monde », et complète « il n’y a pas de voie facile vers la liberté » et la lutte contre la pauvreté et les discriminations.

Exemplaire, il a pendant ses années de prison tissé une relation de proximité avec son geôlier blanc Afrikaner : « Car être libres, ce n’est pas seulement se débarrasser de ses chaînes ; c’est vivre d’une façon qui respecte et renforce la liberté des autres. »

15/11/24,

Cher Ami,

Force est de constater que la violence vulgaire du discours fasciste (« Reconnaître le fascisme » de Umberto Eco) a conquis une majorité in the USA : une chape brune commence à les recouvrir et menace le reste de la planète.

Les USA sont une république fédérative au fonctionnement démocratique ; un populiste autoritaire s’installe à sa tête , la première puissance économique et militaire. Un sujet, à la truculence et la grossièreté exceptionnelles, renverse les lois/habitudes de fonctionnement de ses institutions : passage en force et chantage. « Hussard » du XXIème siècle, il a conquis la majeure partie de la population et de ses représentants : DT va diriger en despote ploutocrate au népotisme affiché.

Si les crises s’enchainent en cascade, économique et sociétale, écologique et planétaire, après-demain démographique, la crise politique d’outre atlantique, fait chavirer le témoin contemporain : aucun mouvement, aucun Homme Politique n’a su offrir une alternative crédible, à l’opportuniste enfonceur de porte ouverte, à l’autocrate populiste !

Une réalité sociale préside à l’événement :  la classe moyenne, comme chez nous, n’a pas été entendue dans ses nécessités de base et dans sa sécurité, qui se dégradent. Là d’autres conditions ont aidé à ce que les mensonges du surhomme antisystème convainquent. Ici et là, les narratives officielles se sont discréditées aux yeux de la classe populaire : les républicains conservateurs travaillent ouvertement pour un Capitalisme sans frein, et les démocrates progressistes ont un discours élitiste-identitaire qui ne les inclut pas. Les laisser-pour-comptes sont des millions à affronter une paupérisation inéluctable, que les crises aggravent : alors que le système ne l’endigue, ils ne sont même pas entendus.

La société de consommation est arrivée au bout de sa logique, entrainant une crise sociétale ; les politiques ne savent y répondre. Les Européens ne sont pas plus clairvoyants que les autres : il est temps de retrousser les manches, pour trouver le chemin d’une vie possible et solidaire sur la planète : pourquoi pas fin de la gabegie, et sobriété ?