12/01/24

Cher ami,

Ailton Krenak, a transcrit et édité en 2019 deux conférences données au Portugal dans un livre « Idées pour repousser la fin du monde ».

Le titre provocation annonce une vision différente de celle ethnocentriste occidentale où « l’humanité » est un modèle suffisamment intelligent et complet pour coloniser la planète, appréhender et dominer l’univers. La question posée est « Sommes-nous une humanité » ? Ses Institutions sont-elles capables de prendre les décisions nécessaires à la défense de la vie sur la planète, ou sont-elles les fruits d’un système en faillite qui nous empêche de penser autrement ? Quel type d’humanité sommes-nous qui ne sait inclure les fleuves, les montagnes, les forêts… Nous sommes « le peuple de la marchandise » dit le peuple Yanomami.

L’être humain loin de ses racines est pris dans un tourbillon sociétal qui l’anesthésie ou le rend fou. Pendant que le tourisme transforme les montagnes sacrées, qui parlent aux populations indigènes, en parcs et parkings, en marchandises et services, en centres de profit, nous perdons la relation avec la terre, organisme vivant qui nous enlace ; nous devenons des zombies sans nous en rendre compte. Les seuls accros qui nécessitent du contact avec Gaya sont les marginaux, les oubliés de l’occident, les sous-humanités indigènes, aborigènes…

« L’idée que nous, humains, nous nous séparions de la terre pour vivre dans une abstraction civilisatrice, est absurde. »

« Chanter, danser et vivre l’expérience magique de suspendre le ciel est commun à de nombreuses traditions » 

« Quand nous disons que notre rivière est sacrée, ou que la montagne nous dit qu’il va pleuvoir les personnes disent : ça fait partie de leur folklore » 

« Pour les peuples (d’Asie, d’Afrique, d’Amérique ndlr) qui ont reçu cette visite (celle des colonisateurs ndlr) et sont morts, la fin du monde a été le XVIème siècle. »

« Puisque la nature est cambriolée d’une manière tant indéfendable, soyons, pour le moins, capables sans les mettre sur le marché, de maintenir nos subjectivités, nos visions, nos poétiques sur l’existence. Définitivement nous ne sommes pas égaux… » 

05/01/2024

Cher ami,

Après le Chaman Davi Kapenawa et le fécond Daniel Munduruku, parmi les activistes indigènes du Brésil Ailton Krenak. Les Krenak sont de la grande famille amérindienne des Botocudos. Journaliste et auteur, Ailton est le premier indigène et le plus récent élu à l’Académie Brésilienne des Lettres en 2023.

Né en 1953 dans la région du Rio Doce de l’état du Minas Gerais, il suit sa famille dans l’état du Parana où il est alphabétisé et fait des études de journalisme. Dès 85 il participe activement à l’assemblée constituante de la Constitution de 88. En 87 vêtu de blanc, lors d’un discours de protestation, il se couvre le visage de peinture noire de Genipapo, coutume traditionnelle de sa nation à l’occasion d’un deuil, contre ce qu’il considère un recul du droit des peuples des origines du Brésil. La scène emblématique va le faire connaître. Depuis il participe et anime diverses fondations et mouvements pour les droits des peuples indigènes, le respect de leur tradition, l’établissement de territoires naturels réservés et l’intégration des ethnies.

Krenak revendique pour les indigènes du Brésil le droit de vivre sans la civilisation occidentale colonisatrice et mortifère. A ses yeux, le culte de l’être humain propriétaire de la planète nous a coupé de la réalité, amputé du contact avec la nature ; l’avènement de l’objet et sa quête insensée entrainent l’épuisement de Gaïa, la mère-nature qui nous environne et nous dépasse, alors que les amérindiens vivent en harmonie avec elle depuis des millénaires ; ils veulent être respectés.

En novembre de 2015, la société Samarco, filiale d’un lieder du secteur d’extraction de minerai, la Vale (do Rio Doce jusqu’en 2009) est directement responsable pour la rupture d’un barrage de déchets : 50 millions de m3 sont précipités dans la vallée du Rio Doce où vit le peuple Krenak, pour rejoindre 100 km plus bas l’océan : énorme désastre écologique ! Ailton Krenak refuse de caractériser l’événement comme un accident, il parle d’incident prémonitoire, dont la responsabilité est à attribuer à la société occidentale, à son système auto-destructif qui précipite la fin du monde.   

Mafia.

Société secrète qui influence la politique et l’économie par le chantage, l’utilisation de moyens illicites et la loi du silence, au bénéfice d’intérêts privés.

L’élimination de Evguéni Prigojine met en évidence combien le régime russe est maffieux. Poutine en est le Parrain : visage de bouddha sibérien, il fait le résumé du parcours exemplaire du lieutenant dissident et transmet ses condoléances à la famille. Inutile de connaître les arcanes du Kremlin : toute contestation est éradiquée, dans le style affable et implacable de la mafia. La loi du milieu est illégale, silencieuse, connue de tous, sans appel.

Le Parrain, l’individu, n’est pas inamovible, mais l’institution persiste. La secrète violence impitoyable est un mode primaire de règne qui montre toute son efficacité dans une société socialement fragile. La tête de Poutine peut rouler dans le caniveau, une nouvelle figure totémique le substituera, la société secrète survivra, et l’oligarchie russe.

La consommation humaine d’énergie a été multipliée par 100 au cours des 2 derniers siècles avec une tendance exponentielle… L’anthropocène met en risque la planète sans que les états ne parviennent à enrayer le processus. Le Libéral capitalisme, « business as usual », augmente son emprise gradative sur les moyens de communication et sur la vie politique ; libérale radicale, l’extrême droite aux allures de plus en plus « politiquement correcte », prépare un régime autoritaire, après-demain maffieux. Le cas de la France illustre cette tendance : l’absence d’alternative à gauche, laisse le macronisme pratiquer une politique de plus en plus conservatrice, et caresser les idées du RN. En Europe, sans narrative convaincante de l’aile progressiste, le glissement vers la droite radicale est en cours.

Si le Brésil et les USA y ont échappé dans l’immédiat, la Chine impénétrable, leader économique planétaire passé du communisme au capitalisme étatisé, vient de renforcer l’aile nationaliste autoritaire du BRICS avec l’arrivée de l’Iran et de l’Arabie Saoudite…

Sans lumière au fond du tunnel, la résistance sera vitale pour l’utopique démocratie.