20/12/24

Cher Ami,

Le Père Noël, aux couleurs Coca Cola, est à la porte de toutes les enseignes ; sa jovialité cache mal le déclin de la société de consommation nécessaire à sa survie ; paradoxe !

Trois économies, Chine, Union Européenne et U.S.A, ont un poids relatif comparable : elles pèsent ensemble les deux tiers de l’économie mondiale. La première est la plus dynamique et la plus fragile, la deuxième est la plus importante et la plus désordonnée, la troisième voit son leadership en perte de vitesse mais garde des avantages historiques. 

L’un d’eux est sa puissance militaire ; les États-Unis ont investi en armement depuis des années, trois fois les montants de la Chine et dix fois ceux de la Russie ; l’UE se situe à 30% des USA, avec l’Ukraine et l’UK à 40%. Le truand népotiste au discours fachiste, condamné par la justice mais démocratiquement élu par nos cousins d’Outre-Atlantique, va utiliser ce levier de chantage violent et totalitaire.

Si le cuistre laissera l’image lamentable d’un cowboy malotru, symbole de la décadence d’un pays aux valeurs trop mercantiles et peu humanistes, j’appelle de mes vœux son succès en 2025 : paradoxalement, la menace de la supériorité brutale sans commisération du garçon vacher peut aider à mettre un terme aux crimes à grande échelle et aux guerres en cours ; en Israël et en Palestine, au Liban et en Syrie mais aussi en Ukraine. Sceptique et optimiste, j’aime à croire que d’un mal peut advenir un bien !

La nature humaine est un paradoxal mélange de pulsion de vie et de mort : à l’image de la démarche chaotique de l’humanité, deux pas en avant et un en arrière. Que l’histoire de l’humanité ait commencé il y a 300 mille ou a cinq mille cinq cents ans, il est indéniable qu’elle a progressé : progrès très autocentré, au point d’être dominant et le principal problème de la planète, qui nous survivra. Un paradoxe supplémentaire dont la recherche de solution est le défi actuel. 

A long terme, la nouvelle donne politique, les contraintes environnementales et démographiques sous l’influence méconnue de l’intelligence artificielle, complexifient l’évolution générale des équilibres planétaires. A suivre…

Bonnes fêtes de fin d’année !

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                            

04/10/24,

Cher Ami,

Sceptique je suis sans foi, pas même dans le Scepticisme dont je me défais à l’occasion pour croire à la poésie, à l’amour, à l’amitié, à un avenir : croyances sérieusement légères, faites d’expériences pour avancer. Je crois à un prochain pas possible, incertain ; de faux pas en faux pas, je retrouve mon équilibre, trébuche, me relève, reprend pied et continue bon an mal an… Je m’engage, sans choix assuré, contre l’adversité vers un improbable progrès sans gloire, accompagné de ma seule gourme de vivre : « ne pas désister » est mon impératif vital, ressort symptomatique. Je corrige la visée et me trompe de nouveau, ainsi va la vie et passe le temps.

Autre trait insensé, mon optimisme affranchi de l’angoisse adolescente du vide de sens : défense viscérale contre l’absurde de la vie et l’impossibilité de connaître le Je observateur de ce Moi luciole en fuite. Quête d’un mirage toujours plus lointain, sans explication je poursuis l’illusion d’action au bénéfice égoïste ; j’écris pour laisser une trace dans cet univers infini, cette boucle démesurée, ce cirque mélodramatique : fallacieuse raison de vivre. J’agite mon squelette, aussi, pour lutter contre le temps qui passe, me bénéficier d’une décharge souriante d’endorphine et autre dopamine : exercice d’obsessif qui n’écarte pas le risque d’accident, tapis au coin du bois.    

Las, quand le cercle infernal me prend à la gorge, je donne libre cours à mon côté épicurien : je m’offre la pose d’un immédiat terrien, d’un jouir simple. Répétition d’un retour aux sources de la stimulation de mes sens, boire et manger, regarder et cueillir, écouter e détailler, flairer et reconnaître, toucher et apprécier ; plaisirs de la chair que le païen modéré cherche à éveiller, fièvre éphémère qui rassure l’animal à l’occasion, à toute heure.  

Équilibre entre vie émotionnelle et intellectuelle, entre plaisir et goût de l’effort, entre vie intérieure, égocentrique, et ouverture sociale, entre farniente et activité dite productive : je persiste déçu de ma déambulation, mais j’en souris. Je me détends, goguenard, partage mes divagations avec mes rares amis, d’autant plus chers.

06/09/24

Cher Ami,


Beau vient de la même racine latine « Bonus » à la connotation largement morale dès Platon, idéalisé ; Saint Augustin (Vème siècle) et le néoplatonisme l’a ancré dans notre civilisation judéo-chrétienne. Le diminutif « Bellus » à l’origine du bel/belle veut dire joli : en langue classique, il est attribué aux femmes et aux enfants, ironiquement aux hommes. Pour eux le qualificatif est bon/bien dérivé de « bene », vertueux.

Au moyen-âge, la production artistique occidentale est le fait de l’Église. Le beau s’érige en regard de la morale de l’époque : vestige inter millénaire l’adoration macabre du Christ crucifié. Avec Saint Thomas d’Aquin et la Renaissance apparaît une représentation non religieuse des corps, de la nature : le beau est agréable à voir et à entendre, mais est fait d’estime « Beau-père, Beau-frère », éveille un sentiment de supériorité, voire d’admiration. Il est positif, « belle femme » ou « bel homme » synonymes de noblesse, au delà de l’apparence, tel un « bel esprit », sans dimension esthétique.

La poésie, le beau opposé au laid, est une construction de l’esprit humain, sensibilité et réflexion. Notre intelligence se construit avec des codes, la langue et le domaine des valeurs. Le réalisme politique de N. Machiavelli (XVème) débusque la morale apparente des dirigeants, la peinture de Rembrandt (XVIIème) abandonne la représentation du beau pour celle de l’humanité. L’athéisme subversif de Sade (XVIIIème), le naturalisme de Goya et Courbet (XIXème) repousse la relation entre bien et beau, né l’esthétique. Le XXème siècle, entre nihilisme existentiel et marché, abandonne le concept de Beau. Avec Nietzsche et la mort de Dieu, nous avons tué le Beau.

Aujourd’hui chacun est libre de trouver agréable, esthétique « bello » l’offre de son environnement, conscient des contraintes d’un référentiel aliénant.

La phrase de Baudelaire à propos de l’art m’oriente « La modernité, c’est le fugitif, le transitoire, le contingent, la moitié de l’art, dont l’autre moitié est l’éternel et l’immuable ». L’expression dite artistique est un terrain d’exercice d‘ouverture, de tolérance pour l’humanisme.