Deuil tragique, entre nébuleux et chaotique.

Le Brésil avec cinq-cents-mille morts annoncés, et un million en perspective, continue d’écouter son président élu nier les faits et sa part de responsabilité. Avec une campagne algorithmique sur les réseaux sociaux, il drible les médias traditionnels, les femmes et les hommes d’opinions diverses de l’opposition, en s’adressant individuellement au quart – voire au tiers – de la population à l’irréductible penchant conservateur ou réactionnaire : l’anxieux maladif reçoit quotidiennement sa dose d’informations perverses, antidote personnellement concoctée, réponse simpliste et négationniste à la complexité du problème et des solutions que nul pays n’a été capable d’affronter sans mesures de lutte publiques draconiennes.  

Face à l’incapacité de la société à inverser l’évolution de l’épidémie à court terme, et à éliminer le risque démocratique à moyen et long terme, les deux tiers des brésiliens sont las – parfois jusqu’à l’écoeurement ! -, les plus démunis déprimés. L’état de siège du sujet raisonnable devant le réel de l’ennemi mal localisable mais qualifié de calamité (Si considérée d’origine naturelle), de fléau (Si d’origine surnaturel), de catastrophe (Pour la fin d’un cycle !) ou de désastre (Dans une vision cosmique) le laisse, au mieux, consterné.

Le drame de la vie qui nous amène inéluctablement à la mort, fait partie de la condition humaine ; tragique est d’avoir à faire un choix obligé et absurde : la peste ou le choléra ? Comme le disait Albert Camus: «… les grandes périodes de l’art tragique se placent dans l’histoire, à des périodes charnières, à des moments où la vie des peuples est lourde à la fois de gloire et de menaces, où l’avenir est incertain et le présent dramatique. »Le prix Nobel de littérature de 1957 fait référence aux tragédies grecques, à celles de la Renaissance européenne et à celles du théâtre de l’absurde du siècle dernier. Le Brésil du XXIème siècle vit cette acmé. Le crime de non-assistance à population en danger compte à priori sur le respect des lois censées défendre le fonctionnement des plus hautes instances d’une république démocratique, manipulées cyniquement : la sortie de la politique du pire est repoussée à une échéance nébuleuse. L’alternative est la révolte populaire ou la répudiation de la figure majeure de l’état légitimement élu par une partie de l’etablishment porté par la rébellion : la probabilité est basse et les conséquences chaotiques.

Quel que soit son attache philosophique, l’inévitable de la mort donne un sens (ou un non-sens) au drame de la vie. Le drame de la lutte contre l’épidémie en « Terra Brasilis » est une tragédie ; les solutions semblent pires que leur cause.

Covid 19 / 21

L’impasse

La vague devait durer trois semaines ou trois mois ! Elle a pris ses quartiers depuis plus d’un an sur notre planète. Vacciner 100 % des deux hémisphères, compter 18/24 mois de plus, sans variant imprévu ! Total trois ans dites-vous !? Peut-être. Ce premier tsunami viral, que certains continuent à nier, en annonce d’autres ; sans les lumières d’une boule de cristal ou la clairvoyance d’un grand esprit, les grippes variées de ces dernières années en ont été les signes précurseurs. Sans parachute ni bouée de sauvetage, le « Merde ! » des tréteaux nous accompagne sous le chapiteau du cirque d’hiver du XXIème siècle.

Un impondérable me confine dans ma chambre-bureau-salle de bain. Rien de dramatique – Il faut le croire ! -, un effort supplémentaire pour contrôler l’incontrôlable des contingences… Cuistot de la communauté familiale, j’ai gagné une activité thérapeutique et un droit de sortie. Le soir du fond, de ce qui semble parfois, une armoire, la cellule se réunit : vidéo conférence. La scène se répète : rapide lamentation sur la précarité de la situation (Rien n‘est sûr et les hôpitaux sont pleins.), on voudrait tourner la page : majeure partie de la live, la sortie en sifflet est consacrée à élaborer des plans futiles (incongrus !), achat d’un animal de compagnie, partage d’une envie de voyage, désir de changement…   

L’homme mal-conscient fuit le réel, trouve une valeur à son labeur, fait semblant de, joue à, se convainc de… La vie continuera plus belle demain ! Lueur d’espoir. Il y croit, il veut y croire. Avancer pour garder l’équilibre … Avec « Les Poètes Maudits » la vie se répète, l’impasse seule est plus étroite ; j’ai choisi mon mur sous l’aura de ma triple lune.

Covid-19 / Temps (3)

Le présent urge, hurle. Prudence et réalisme incitent au pessimisme. L’optimisme est de mise pour aller de l’avant : « on est ce qu’on est »*.

Un père et sa fille bébé couchée sur son torse
Père et Fille.

Obligé au grand écart entre un passé qui s’efface et un futur insaisissable, l’homme marche en quête d’une nouvelle réalité au crible du langage de l’ancien monde, ferme comme un clou dans un plat de polenta … La tête comme un bouchon dans les vagues, quelques évidences affligeantes s’affichent :

  • Le confinement impose une nouvelle forme de sociabilité, virtuelle, distante favorisant économiquement le libéralisme majoritaire. 
  • Des individus sont plus riches que des états de millions de personnes ; le nombre des milliardaires se multiplient, et 90% de la population mondiale continue à peine au-dessus du seuil de pauvreté.
  • Des sociétés privées géantes dribblent les lois, négocient en position de force avec les états dont les gouvernements sont plus intéressés par leur survie politique que par les garanties humaines.  
  • La pollution augmente ; les pays riches responsables refusent l’accès aux technologies, récemment décriées, aux pays pauvres et à leurs citoyens à la conquête d’un niveau de vie moins indécent.
  • Les monnaies, consubstantielles de l’activité économique, qui n’ont de valeurs que par un acte de foi généralisé, sont bousculées pas des crypto monnaies qui échappent au contrôle des banques centrales.
  • De nouveaux virus évincés de leur milieu naturel frappent à nos portes, nous menacent d’épidémies en vagues successives.

Le Covid-19, révélateur planétaire d’une crise annoncée, établit l’homo sapiens dans son inconscience et/ou son arrogance ; modificateur substantiel de son environnement (Début de l’anthropocène XVIIIème siècle !) il rêve encore d’un progrès matériel infini…

La course à la consommation ne s’arrêtera pas d’elle-même ; l’avion est sans pilote : bienvenu au XXIème siècle ! Les nouvelles générations héritent de ce pandémonium. 

*Molloy, roman de Samuel Beckett