V. Springora et C. Kouchner

La Vérité n’aurait de sens qu’embrassant paradoxes et contradictions, ordre et désordre de la Vie. La quête millénaire aboutit au doute, à la libre inquiétude. 

Avec raison les voix de Vanessa Springora et de Camille Kouchner se sont faites entendre pour dénoncer les goûts plastronnés de Gabriel Matzneff et dissimulés d’Olivier Duhamel, séducteurs aux pratiques sexuelles génératrices d’indélébiles traumatismes chez de jeunes êtres humains. Leur révolte est exemplaire, des millions d’autres n’ont pas la chance de se faire entendre.

Adolescent des années 60, j’ai questionné ma culture catho bourgeoise, sa subversion, ses limites. Mains baladeuses et baisers volés des prêtres des écoles et d’autres reçus en famille, me répugnaient instinctivement. J’ai réfléchi à ma préférence pour l’hétérosexualité… Pour mes enfants, l’adulte pervers, m’a toujours hanté : la séduction, brillante ou subtile, l’habille.

Des parents aiment recevoir leurs amis à la maison. Il a seize ans ; une amie de leur enfance, décoratrice célibataire à la quarantaine flamboyante, n’est pas des plus assidus, mais des plus remarqués. Pour les vacances d’été elle lui propose à la table du déjeuner du dimanche de venir l’aider dans son atelier : répondre au téléphone, garder le magasin en son absence, courir après un échantillon etc. Rien de difficile, ni de fastidieux mais les heures s’enchainent. Plutôt que d’affronter les allers et retours et rentrer tard, elle lui propose de dormir chez elle. Il informe ses parents et accepte. Il est déniaisé dès la première nuit. L’amie « Cougar » avant la lettre, déploie tous les stratagèmes et le savoir-faire du beau sexe, du tact quasi maternel à la violence de la crue d’équinoxe. La féminité au zénith le bouleverse : nuits courtes au sommeil profond, rêves tumultueux et réveils chancelants. Le vendredi soir avant de descendre de sa Triumph TR4, un clin d’œil et un index vertical devant sa bouche rouge, lèvres entrouvertes, lui conseillent la réserve. Au bercail, il garde le silence, fier de pouvoir aligner quelques billets gaillardement gagnés, ravi et chamboulé, exorcisé. Les parents ne s’inquiétent que du travail ; les coutumes et les non-dits l’autorisent, une conscience libertine prend le dessus.

L’adulte est responsable de ses actes, la violence de l’acte sexuelle voilée de séduction ou pas ; le choix d’un partenaire mineur augmente sa responsabilité : l’immaturité de l’enfant, de l’ado en fait une proie facile. La société devrait avoir installé un recours, écoute et protection pour les agressés (au cas par cas), affiché, urbi et orbi : accueillir le secret de l’intimité agressée. A minima, l’adulte transgresseur assume les conséquences de ses actes devant la justice.

La vindicte et les crucifixions publiques, me laissent muet : l’épaisse fumée de l’héroïsme de la dénonciation masque aussi l’incapacité à affronter d’autres exactions et discriminations, tel l’éléphant phosphorescent du social, auquel (im)pudiquement, « comme d’hab », tourne le dos la bonne société – Politiques, intellectuels, médias … -, et sa jouissance déboussolée de l’écriture, de la prise de parole, de la scène etc.

L’intolérance de principe, ne peut se vêtir d’ostracisme. Une approche raisonnée de l’intolérable est nécessaire : appréhender, comprendre les causes des violences très souvent familiales, non pour les rendre tolérables mais pour en saisir les rouages et rompre le cercle vicieux… « Rien de plus humain que le crime » J-A Miller.

L’intolérance transformé en ostracisme, ouvre la porte à l’avènement de l’autoritarisme caricatural des idéalismes radicaux, des personnalités extrémistes et des systèmes répressifs dont l’histoire déborde d’exemples.