25/04/25

Cher Ami,

L’amour dans le sens romanesque puis romantique et érotisé d’aujourd’hui, est né au XIIème avec la poésie provençale ; exercice aristocratique, il s’est popularisé, démocratisé pour intégrer le plus intime de l’être culturel actuel. Aujourd’hui, l’amour d’une autre personne est à la fois restreint devant l’extension des types d’amour et vaste par ses déclinaisons. Du concept et de l’émotion qui a été à l’initiative : où est la création ?

Le latin amar est né du balbutiement primordial « mama ». Au début de notre ère, la mystique chrétienne qualifie d’amour le lien de Dieu envers les hommes, prêchant la réciproque et l’extension au prochain : adoration et dévotion deviennent dévouement au prochain. L’amour, affection amicale, se transporte moins solennelle à la famille, semblable au « storgê » grecque ; une tendresse s’immisce à distance de l’érôs grec, souvent homosexuel, et du philia amour fraternel. Grecs et latins voient dans la passion un ensorcellement, une aventure sur fond de magie, voire de malédiction.

La poésie et le désir d’émotion sont complices de l’enfantement de l’amour, la complexe étendue de son sens est bercée par la musique des troubadours : alors que les mœurs féodales sont très franques, au XIIème Aliénore d’Aquitaine lance le « fine amor », dénommé « amour courtois » au XIXème. Sous influence occitane encore au moyen-âge, après une superposition des sentiments amour et amitié, le premier va caractériser une relation sentimentale entre homme et femme sexualisée et idéalisée. Au fil de l’histoire l’amitié passera à être la version non érotique de l’amour. L’écrit véhicule littéralement la relation amoureuse et l’installe au cours des derniers siècles. Dans son discours souvent masculin il objective la femme. L’évolution du provençal « far amor », courtiser, en « faire l’amour » factuel de nos jours illustre l’évolution du concept ; sous les coups de boutoir des mœurs, femmes et hommes déjouèrent le sens du mot pour le plier à un sentiment libéré du poids d’un passé toujours plus récent.

L’amour, phénomène d’hier, s’est moulé à nos fantasmes et nous a paramétré, dans un lexique en perpétuelle dérapage.