08/11/24,

Cher Ami,


Statut difficile à tenir, que celui d’Homme Politique ! 3 me viennent en tête : Churchill, de Gaulle et Mandela. J’ajoute l’Ex-Président de l’Uruguay, Pepe Mujica.

Les qualités d’un Lieder National sont, la foi en une cause et un sens exacerbé de la responsabilité pour entrainer avec lui un peuple : histoire passion, amour. Ces deux qualités ne seraient suffisantes sans le sens de l’opportunité qui lui permet de conjuguer navigation à vue et clarté de l’horizon, allié à une fermeté ardente quand, seul, l’homme d’action décide face à l’éthique de son époque.

José Alberto Mujica Cordano est né en 1935 à Montevideo, sa mère est d’origine italienne et son père basque. Origines modestes, quand ce dernier décède, il a 7 ans et aide sa mère à cultiver et à vendre des fleurs. Il commence des études de droit, et en 1956 devient militant au Partido Nacional dont il sera Secrétaire Général de la Jeunesse. En 1958 il fonde un nouveau parti avec le ministre du travail de l’époque : l’Union Nacional qui inclut le Parti Socialiste. Dans les années 60 il intègre le «  Movimento de Libertação Nacional-Tupamaros » marxiste-léniniste. La répression du pouvoir exécutif attise la violence ; au cours d’affrontements armés, Pepe est blessé et jeté en prison, à 4 occasions ; il s’en évade deux fois. Sa dernière détention sous la dictature militaire dure 13 ans.

Gracié en 1985, il est député (1994) du Mouvement de Participation Populaire, puis sénateur (1999). En 2005 il est ministre de l’agriculture ; il est élu Président de la République porté par une « Frente Ampla » de gauche (2010-2015). Sous son mandat, la pauvreté passe de 40 à 11%, le salaire minimum augmente de 250%, l’avortement est dépénalisé, le mariage égalitaire est étendu aux couples homosexuels, le cannabis sous le contrôle de l’état est légalisé etc. De nombreux dirigeants progressistes le consultent, tel Barack Obama.

A 89 ans il vit modestement dans sa ferme où il cultive des fleurs ; Emir Kusturika l’y a filmé avec sa Coccinelle bleu.

Pepe est sans enfant (Un regret !), marié à Lucia Topolansky, ex-militante et Vice-Présidente (2017-2020), depuis 70 ans.

01/11/24,

Cher Ami,

Représentant d’aucune minorité, je plaide pour plus d’empathie, de tolérance entre les êtres humains, questionne les barrières que les idées préconçues élèvent. Les mouvements qui vont dans ce sens, ont, a minima, ma sympathie ; le contre-courant « anti-woke », sous prétexte d’excès, voit dans la revendication d’une égalité de considération et de traitement, un risque pour la stabilité de notre société occidentale d’origine européenne, judéo-chrétienne, autocentrée : cette tendance, entendue, ne sera pas légitimée par l’histoire du XXIème siècle. La discrimination des castes, si elle perdure de fait, n’est plus une alternative à l’Humanisme dès 1948.

L’affaire Pelicot, de toute évidence, va faire date dans l’histoire sociale et criminelle de la France, voire au delà ; laissons de côté la violence sinistre et la banalité centrale de Dominique : ce qui en fait un cas exemplaire. Mon intolérance, indispensable pour que son contraire est un sens, va à un constat : les quelques cinquante autres accusés, et leurs avocats, utilisent un argument outrageant pour la personne de Gisèle, et avec elle de la Femme. Ces hommes, dans la mesure où ils sont dotés d’un pénis, pensent que le consentement de la victime était en quelque sorte acquis puisque son mari les avait invités, avait donné son accord. Pis, les avocats imaginent que l’objection répétée est susceptible d’influencer, voire de convaincre, la cour et les jurés qu’il y a là une circonstance atténuante. Partant de l’idée que dans notre culture, mœurs et coutumes, à laquelle ils font appel le consentement explicite de la femme n’est pas indispensable : l’attitude des 50 s’assimilerait alors à un manque de savoir vivre. L’odieuse banalisation révèle le réel de la représentation collective de la relation homme/femme : intolérable !

Comment argumenter qu’il n’y a pas de ségrégation culturelle, structurelle : le wokisme vise à déraciner les réflexes sexistes, ségrégatifs, questionne les patriarcalismes enracinés au plus profond d’une société en quête de progrès. Si la contestation n’était excessive, elle serait diplomatie et/ou compromis.    

Littérature.

Dans ma famille, les deux générations d’hommes qui m’ont précédé sont uniformément ingénieurs dans les domaines les plus variés. Esprits pratiques et rigoureux, ils organisent, étudient des problématiques concrètes et leurs conséquences : sont appliquées des solutions techniques élaborées et ajustées. Le reste est « littérature ! » disent-ils avec un sourire ironique.

Le patriarcat familial a provoqué chez moi plus d’étrangeté que d’intérêt ; si j’ai été attiré par le secret des forêts, leur gestion m’a désenchanté. Le matriarcat infiltré dans l’ordre patricien m’a fait goûter la poésie des beaux-arts et des belles-lettres : « superflue ! ». Avant que le mâle discours ne pénétrasse mes oreilles, les ailes maternelles m’avaient enveloppé : une grand-mère s’évertuait à m’apprendre le piano et m’entrainait dans les salles de concert, l’autre dans les églises et les musées parisiens. Ma mère, au milieu de sa marmaille, se soulageait de l’attention à donner à son ainé, attentive à mon âge et à mes goûts, par une débauche de livres : elle s’assurait de la qualité de ma lecture à l’heure des repas, quand je devais devant les plus jeunes répondre de mode exemplaire. 

Pour préparer ma vie professionnelle, j’ai négocié un moyen terme : succès relatif et égale satisfaction. Sur le tard, je suis revenu à l’ancrage original, doublé d’une volonté de laisser une trace.

Une parabole amicale illustre mon propos : l’être humain traverse la vie avec deux valises, une dans chaque main. ,Dans la main droite une du type caisse à outils, pour répondre aux problématiques pratiques, celles des devoirs, cerveau gauche à l’œuvre : produire du numéraire et pourvoir aux besoins matériels des siens. Dans la main gauche, elle ressemble à un coffre à jouets, divertissement et rêve : sans autre objectif que la recherche de l’oisif plaisir, du libre songe, du jeu inconséquent, une chasse à l’instant poésie, un filet à papillon à la main.

Après une vie remplie de devoirs et d’attentions requises, j’ai ouvert mon cahier d’écolier et la fenêtre de mon bureau : avec Bachelard et tant d’autres, je joins à mes songes mon désir d’écriture.