Brève Histoire.

Au IXème siècle, le scandinave Oleg le Sage fonde un état en proto-slave Rous’(capitale Kyiv), la Rus’ de Kiev : l’état le plus étendu d’Europe au XIème siècle. Rivales les Principautés sont dominées par les Turcs et les Mongols, puis par les Lituaniens et les Polonais, qui l’emportent au XIVème. On trouve sur le territoire des Russyns (Ruthènes ou Petits-Russiens), des Allemands, des Moldaves, des Arméniens, des Juifs et des Russes. Au XVème les Polonais prennent la main. Les Cosaques refusent de s’aligner ; tolérés ils sont mis à contribution pour lutter contre les Tatars/Turcs.

Au XVIème les cosaques se soulèvent pour que l’Ukraine (« Les marches ») existe contre les Polonais, et les Russes : devenus les vassaux de ces derniers, ils repoussent les Ottomans et les Polonais. Au XVIIIème Catherine II de Russie partage l’Ukraine avec l’Autriche, la Moldavie, la Hongrie en garde 70%, et supprime toute autonomie. L’Ukraine reste partagée entre l’Autriche et la Russie jusqu’en 1917. A la fin de la première guerre, les Empires Austro-Hongrois et Russe disparaissent, les Ukrainiens déclarent leur indépendance, mais ne parviennent à s’unir contre les bolcheviks, l’Ukraine intègre l’URSS en 1922.

Les Russes d’Ukraine dominent. Pendant la 2ème guerre le nazisme est vu comme une opportunité d’indépendance, mais elle est rejetée ; au retour de l’URSS, la répression est violente : l’Ukraine déplore 7 millions de morts. La reconstruction de l’appareil industriel est une priorité ; en 46 et 47 une famine fait 1 million de morts. En 58 l’arrivée de l’Ukrainien Kroutchev à la tête de l’URSS change la donne : la Crimée est rattachée à l’Ukraine qui a un rôle prépondérant ; le goulag fonctionne à plein régime. En 1986 l’accident de Tchernobyl endeuille la population.

Avec la libéralisation soviétique de 1989, se crée le Mouvement Populaire D’Ukraine indépendantiste « Roukh » :1991 Acte de Déclaration d’indépendance de l’Ukraine, référendum (90% de vote favorable). Malgré la Révolution Orange les gouvernements se succèdent, favorables à l’Europe et l’OTAN, mais tenus par une oligarchie favorable au gaz russe bon marché.

Histoire comme ci (2)

Arthur, journaliste et professeur de littérature, a une vie de couple stable, marquée « beat-génération ».

Il reçoit un livre d’une librairie qu’il fréquente, dont le propriétaire, Charles, est un ami de faculté. L’auteur est chinois et la couverture un cerf douze corps. Le cadeau non signé l’intrigue : aussi l’enveloppe va à la corbeille mais il conserve étiquettes et emballage, un feuillet imprimé de photocopieuse. Le journaliste s’interroge : un message codé, à la veille des fêtes !?

La quatrième de couverture annonce l’autobiographie d’un exilé ! Le temps humide le pousse à prolonger sa dérive au bistro voisin. Le message tient de la provocation : bien joué ! Arthur pense aller à la librairie, mais sortant du troquet, il tombe nez à nez avec Charles : après les échanges liés aux années de distance, il lui raconte le fait divers et la surprise de la coïncidence. Charles lui téléphonera le lendemain.

Arthur est agacé par le concours de circonstances inexpliqué ; il reprend le livre qu’il tourne, retourne, feuillette, jette encore un œil sur les étiquettes de l’envoi : rien de neuf ! Il saisit le feuillet qui a emballé le livre : la photocopie de la page 31 d’un récit. Deux protagonistes se séduisent, la jeune femme porte le prénom de sa femme Dorothée… Arthur échafaude : une épouse trahie a su que la partenaire d’aventure de son mari est Dorothée. Discrètement elle lui fait un « cadeau de Noël » en vache : il est cocu comme un grand cerf… La cocue ignore que leur couple entretient une relation permissive, ce qui ne paraît pas être leur cas. Arthur jubile d’avoir résolu l’énigme : bouche cousue, il savoure un bonbon à l’amante.

Le lendemain vers midi, Charles appelle Arthur :

– J’ai retrouvé le nom de la personne qui t’a offert le livre elle s’appelle Marie Zhou : ça te dit quelque chose ? »

– Non ! Mais c’est une piste, merci.

Perplexe, il revient à sa routine : le tour de ses courriels. Dans la boite dédiée à la fac un message de Marie Zhou, une élève : elle lui souhaite un « Joyeux Noël » et lui envoie l’autobiographie d’un chinois expatrié : « le choix de l’exil ».

Contingences et affabulation.  

Histoire comme ci.

Le miroir de ma salle de bain est encadré d’une moulure de bois peint, blanc affadi. Sa longueur s’ajuste au lavabo et à la console. Dans un univers gris il crée avec la baignoire une perspective vers la porte-fenêtre et le jardin.

Après une douche chaude, aucune image ne se reflète dans la glace embuée, mais transparaît dans l’épaisseur de la vapeur déposée sur le verre une écriture sympathique : les lettres arrondies énoncent « Je t’aime plus que tout ». Je me dépare tous les jours avec l’affirmation, et file au quotidien un récit autour du message, avant que le courant d’air ne l’efface.

Le miroir vient de l’appartement de feu mes parents ; il y avait la même fonction. Ce souvenir gravé dans la vapeur ressemble à ma mère : raviver jour après jour l’émotion secrète d’un sentiment simple.

L’énoncé est trop ingénu pour être celui d’un adolescent ; la lettre trop ronde pour être celle d’un garçon. L’exagération spontanée est celle d’un pré-adolescent dont la main atteint le centre du miroir : une fillette de dix ans.

Après une vie échevelée, ma sœur cadette nous a quitté très tôt ; elle était sur la fin de sa vie proche de mes parents, de ma mère. Il y a vingt ans, sa fille encore adolescente, après une relation amoureuse précipitée, conçut ; une fille est née : son prénom est le diminutif de celui de ma mère. Les trois générations de mères se mobilisent, réaction en chaine : l’arrière-petite-fille est le centre d’attentions d’une dramatique matriarcale

Sans père, elle est la protégée de l’ascendance féminine. L’arrière-grand-mère la recevait seule dans son appartement ; l’amour supra-maternelle était aussi enveloppant d’attentions, que celui de la mère désemparée et celui de la grand-mère responsable étaient maladroits. L’arrière-petite-fille en retour vouait une affection sans borne à son aïeule : ses bras libres du rôle d’éducatrice et des ressentiments des deux générations intermédiaires étaient un havre de tendresses.

L’arrière-petite-fille a gravé sur le miroir dans l’épaisseur de la buée d’un bain chaud, à l’adresse de sa grand-grand-mère d’un doigt sûr, « Je t’aime plus que tout »