26/09/25

Cher Ami,

Je flirte avec la psychanalyse lacanienne ; j’en retiens des formules provocatrices que je lis dans leur poésie. « Il n’y a pas de rapport sexuel », l’affirmation a fait parler d’elle : lectures et critiques sont pléthore.

Elle tient de l’oxymore ; le rapport sexuel, dans son sens usuel, qualifie un acte, un agissement qui occupe consciemment et bouscule l’inconscient : le nier semble impossible. Jacques Lacan veut dépasser la luxuriante banalité du voyage partagé.

La formule initiale « il n’y a pas » induit plus qu’un doute, la négation de quelque chose : l’auteur invoque ce qui n’existe pas, paradoxal. La négative ajoute un doute avec le « y » : il peut être entendu comme un pronom de lieu, contrarié par un « de » suivi qui lui nie une quelconque importance, pour revenir à la présentation négative, convenue et informelle de quelque chose à venir. Mais pourquoi l’avocat de l’être parlant aurait-il choisi cette formule ? L’esprit aiguillonné du lecteur ou de l’auditeur y trouve quelque chose d’irréelle, un vide nébuleux. 

« Rapport » a de nombreux sens, que le culte du langage peut confondre. Un voyage imaginaire commence : s’agirait-il d’un usage détourné de l’habituelle « relation » flanquée du sexuel adjectif ? Un récit ou un compte rendu : simplet mais pourquoi pas, un peu ? Un gain, résultat d’un produit : spécieux mais peut-être pas totalement faux ! Une connexion, une affinité voire une dépendance : l’esprit s’intéresse au concept. Le quotient arithmétique (1/1) est loin du sexe, encore que… L’imagination titillée, le sens d’une liaison entre deux personnes, mises en rapport, prend le dessus sans effacer ces variations, mais revient l’impossibilité initiale de « il n’y a pas » de rapport, une chute dans le vide.

Mais avec « sexuel » la piste rebondit, après le détour scolaire, se confirme la première impression. L’harmonie cathartique de deux êtres en une connexion fusionnelle n’est pas : elle n’est que la somme de deux individus qui vivent séparément une jouissance unique par sa simultanéité, créent un instant une troisième réalité imaginaire, un voyage évanescent à 2.

#sexe #amants

09/05/25

Cher Ami,

Le ciel est gris anthracite : un orage se rapproche. Un voisin, un peu bruyant, a choisi une musique « Sertaneja », de « Sertão » terres éloignées des centres urbains et des régions de culture et d’élevage intensifs.

Comme les USA, le Brésil est un pays habité en bonne partie par les descendants de colons européens et d’une population esclave d’ascendance africaine. La musique du Midwest nord-américain, née au XIXème, et la Sertaneja au Brésil, née au XXème sont, toutes tendances confondues, à l’origine l’expression d’une communauté inter-états de travailleurs et petits propriétaires ruraux ; l’image-référence est celle d’un groupe d’hommes chantant, la nuit tombée, autour d’un feu de bois en rase campagne. Les deux pays ont des dimensions continentales ; le centre est une vaste région moins peuplée où l’activité agricole domine. Le style musical porte les valeurs d’une province éloignée, oubliée des courants culturels renouvelés des grands centres urbains : elle défend le traditionalisme et la permanence des habitudes d’une vie simple et rude. Les chansons nostalgiques ont le romantisme des paysages ruraux à la beauté bucolique et aux amours perdus : les paroles sont directes et mélancoliques comme la vie agreste. Au Brésil initialement, le chant est accompagné d’une guitare à dix cordes, auquel s’est ajouté l’accordéon, l’harmonica, puis des instruments de percussion, d’autres guitares à six et douze cordes… 

La musique du Midwest participe du Jazz, de la Country, du Rock, du Blues, de la Soul, du Gospel, du Hip Hop etc. La musique Sertaneja n’a pas le même rayonnement dans la musique populaire brésilienne. Mais elle se développe dans diverses couches sociales d’où naissent des sous-genres, le Sertanejo Romantique aux mélodies et arrangements plus sophistiqués, le sertanejo universitaire qui intègre des éléments de rock et de pop, et plus récemment le Feminejo et l’Agronejo portés par les courants féministes et l’agro-négoce.

Le « sertanejo » est un genre croissant au Brésil : né des racines de la vie traditionnelle, ses valeurs conservatrices trouvent un écho favorable dans la société actuelle.

11/04/25

Cher Ami,

« Mais concluant je dis et maintiens, qu’il n’y a tel torchecul que d’un oison bien duveté, pourvu qu’on lui tienne la tête entre les jambes. Et m’en croyez sur mon honneur. Car vous sentez au trou du cul une volupté mirifique, tant par la douceur d’icelui duvet, que par la chaleur tempérée de l’oison, laquelle facilement est communiquée au boyau culier et autres intestins, jusqu’à venir à la région du cœur et du cerveau. “

Dans mes flâneries, j’ai retrouvé ce paragraphe du Gargantua de François Rabelais. J’ai ri avec ses lecteurs d’il y a 5 siècles : le style accadémique, le ton emphatique de la plaisanterie scatologique en redoublent la force. La liberté et l’ironie du texte quand la France et l’Europe sont confrontées à la violence entre radicaux catholiques et réformistes (Affaire des placards, 10/1534), montrent la résistance historique du franc -tireur contre la morale moralisante des exégètes de tout poil : heureux précédent du politiquement incorrecte, de la gouaille et de la populaire paillardise !  

François Rabelais, fils d’un officier du roi, reçoit une éducation privilégiée ; il devient Franciscain puis Bénédictin pour pouvoir étudier les textes originaux de Platon et Aristote en grec et non en latin, généralement traduits de l’arabe. Au service de l’évêque Geoffroy d’Estissac, il quitte l’habit de moine courant le risque d’apostasie. Devenu étudiant en médecine, il a une relation amoureuse avec une veuve avec qui il aura deux enfants ; nés hors mariage ils seront légitimés par le pape Paul III, après qu’il soit devenu le secrétaire du futur Cardinal Jean Du Bellay, lui-même proche des rois de France François 1er et Henri II. S’il consacre sa vie à Hippocrate, il se fait connaître comme libre-penseur sous des anagrammes variés pour écrire “Pantagruel” et “Gargantua”; suivent dans la même veine “Le Tiers, Le Quart et le Cinquième Livre”. Il est condamné pour hérésie par la Sorbonne et ses livres sont censurés.

Catholique romain, il critique, avec la Réforme, la Scolastique et le Monarchisme sans s’inclure parmi les radicaux. Humaniste admirateur d’Erasme, il est salué par Montaigne.