Marie Alice

a 75 ans et souffre d’Alzheimer. Au début, son amabilité attentive à la composition de la personnalité, plus qu’à l’analyse, a trompé l’attention de tous ; quand elle a commencé à ne plus se rappeler des détails du quotidien, on l’a expliqué comme en étant le revers. Les oublis dénoncés déclenchaient chez elle un éclat de rire enfantin : « J’ai toujours été comme ça » ajoutait elle, se moquant d’elle-même. Son intuition fine et sa bienveillance développèrent un savoir-faire professionnel précieux, dans l’accueil et l’accompagnement des délinquants et criminels porteurs de souffrance mentale : exilés des hôpitaux psychiatriques des prisons, « la lie de la lie ». Son affabilité maternelle assurait au malade une écoute sans préjugé ; condition nécessaire au sujet en souffrance pour se sentir écouté, et, plus tard, pour collaborer à l’élaboration de la thérapeutique de sa réintégration sociale.

Marie Alice est divorcée ; ses proches, enfants et petits-enfants l’entourent. Elle peine à les reconnaître, oublie leurs noms… Le désordre s’est installé dans sa tête. Cinq jours par semaine elle va dans un centre spécialisé où des activités l’aident à mieux vivre, à ralentir le déclin. Récemment, elle est revenue de l’atelier enjouée comme un pinson : l’un des animateurs, professeur de chant lui fait la cour : « J’ai le béguin ! » et éclate de ce rire d’enfant et d’auto-dérision de ses pertes de mémoire. Les confessions se multiplient ; une vague de bonheur l’envahit, et la porte sur un nuage à l’atelier, où elle va habillée comme un sapin de Noël.

La famille et le centre, où l’événement n’est pas passé inaperçu, conclurent : l’âge mental et émotionnel de Marie Alice est celui d’une enfant de 12 ans, sans chance d’avancer ; l’illusion de l’été indien sera entretenue. Le professeur de chant joue le jeu de l’amoureux pudique ; il lui offre, de temps à autre, un merveilleux petit cadeau, que la famille lui donne en sous-main. Le ton du vernis à ongle, la couleur du teeshirt, le chanteur du CD sont un succès ! Aurore boréale au cœur du brouillard qui s’épaissit dans la conscience de Marie Alice.

Adopté !

Pendant les travaux de ma maison, le terrain clos sans portail est envahi par des chiens errants. Les ouvriers les alimentent des vestiges de leur repas.

La meute de « vira-lata », vire-poubelles, se réduit. Un seul individu persiste : une jeune chienne, au pelage noire défaillant. Ses pattes, trop hautes pour un basset et trop courtes pour un ratier, parcourent le jardin ; tête basse, oreilles couchées, la queue entre les jambes elle chasse le lézard. Personne ne l’approche : elle mange les restes abandonnés au sol.  Les couvreurs sourient : « Paul, vous allez adopter Pretinha ?»

Les vire-poubelles la poursuivent à ses premières chaleurs. Un vétérinaire attentif aux sans-colliers, la castre après la fête. Elle se réfugie dans la baraque de chantier. La chienne poids plume repousse ses ex-compagnons de caniveau hors les clôtures. Les maçons rient : « Paul, vous allez adopter Pretinha ! »  

A l’étape des finitions, la fréquence de mes venues augmente : la petite métisse m’accueille menaçante et me suit en jappant. Peintres et menuisiers ironisent : « Paul, vous allez adopter Pretinha »

Fin de chantier. Le jardinier, dernier intervenant, retourne chez lui au village pour déjeuner. J’assume l’alimentation : deux gamelles, l’eau et la ration. La  proprio à quatre pattes aboie par principe, me suit à distance. L’horticulteur amusé : « Paul, quand adoptez-vous Pretinha ? »

Installation du portail. Pretinha endosse son rôle de gardienne : elle ronde l’enclos et donne de la voix au moindre étranger. Au fond du garage ouvert, j’installe son gite : une palette, un morceau de moquette, un petit matelas, une vieille couverture. Pretinha prend ses quartiers : son œil noir me suit, elle est prête à détaler.

Six mois sont passés. L’animal sauvage répond à mon appel, vient la tête dans les épaules accepter le harnais. Le vétérinaire bienveillant nous reçoit : « Bonjour Pretinha » ! Bien informé, me suis-je dit. Au cours de nos balades nous avons l’habitude d’être salués « Alors Pretinha comment ça va ? ». j’ai conclue : «Pretinha Maluqinha (Noireaude Fofole), dont je porte les initiales, m’a adopté.

De l’aéroplane à la vache.

La Vache de Santos-Dumont.

La Vache de Santos-Dumont, une courte nouvelle pour sourire de la très sérieuse problématique du progrès ; conséquences positives et négatives s’entremêlent, un ample débat est ouvert : à l’heure où la courbe croissante des avantages historiques croise celle exponentielle des inconvénients négligés.
Prologue :