04/05/24 Cher Ami,

Une inquiétude me tarabuste ; je ne lui trouve aucune perspective certaine, ni ne parviens à l’évacuer, ce que le bon sens et l’expérience enseignent. Les scientifiques sont d’accord, la terre subit un réchauffement aux causes multiples : cycles géo-climatiques au rythme et à l’origine mal définis, et suractivité humaine polluante. Les simulations autorisées vont du scénario « catastrophe planétaire imminente » à une « lente adaptation générale » aux coûts humains incalculables… !!!???

Une explication, entre autres, à l’accélération du réchauffement est l‘augmentation de l’influence de « el Niño » (à la fréquence moyenne de deux fois tous les 10 ans pendant 18 mois) et dans le sens inverse une diminution de celle de « la Niña » (une fois tous les 5 ans pendant 9 mois), qui elle refroidit l’Océan Pacifique. L’accélération générale serait liée à l’anthropocène et aux « deux enfants terribles », dans un effet multiplicateur : les spécialistes rêvent d’une pause par un retournement des contingences… !!!???

Les politiques sont incapables d’imposer des mesures draconiennes de lutte contre le phénomène : contraignantes pour le capital dont elle va réduire notablement les résultats, elles sont sans urgence pour la majorité des citoyens peu conscients des enjeux, ou préférant faire l’autruche. Les institutions et les particuliers défendent leurs intérêts, à l’image de ces derniers siècles, quand le problème est à prendre par l’autre bout : comment réduire l’activité et la consommation du genre humain pour éviter l’implosion de la planète ? Jamais envisagé !

Les déclarations ferventes et les mesures prises des décideurs n’enrayent pas le processus, loin s’en faut ! Les conséquences pour la santé et la vie sur la terre se vérifient tous les jours avec l’apparition de virus mutants et la diminution des êtres vivants proches de notre biotypologie, réactions en chaine…

La pensée complexe et les ponts entre les sciences font apparaître que la vie, Dame Nature, malgré nos connaissances aidées d’IA, nous surpasse : nous sommes à pied, les deux pieds dans le même sabot, dans une agitation généralisée.

Trompe-l’œil.

Le front entre l’Ukraine et la Russie se congèle et le printemps ne changera pas grand-chose ; les armées sont enterrées. L’attaque qui ferait la différence est hors de portée : coûts matériels et humains excessifs, arme atomique inenvisageable, sinon dans la rhétorique. Restent l’usure et l’imprédictible. La violence en Israël révolte par son inhumanité affichée et médiatisée. La réponse de Bibi n’est qu’une escalade dans l’horreur : la cruauté n’a pas de camp. Les têtes du Hamas sont loin et sauront gagner de nouveaux soldats suicidaires pour venger la mort de milliers de palestiniens.

L’extension des deux conflits ne semble pas être à l’ordre du jour : les guerres impérialistes du XXIème siècle sont restées circonscrites. La suprématie du « business » tempère la solidarité déclarée : les conflits armés servent les intérêts des fabricants d’armes mais sont nuisibles pour les Affaires. Les majeurs rivaux, la Chine et les USA en tête, multiplient les contacts, sous prétexte de calmer la vindicte, pour garantir la stabilité des marchés : écarter les chances d’escalade par un jeu d’alliances intéressées, et pour coûte que coûte reprendre les négociations de l’affrontement commerciale.

Libéralisme et dictature démocratiques rivalisent sur le dos de 95% de l’humanité. Les guerres armées nous nouent les tripes, et nous aveuglent : l’absurde désastre social, croissance en nombre de milliards d’êtres humains sous le seuil de la pauvreté, de quelques milliers d’ultras riches, et l’urgence de l’environnement chamboulé, sont les vrais problèmes. Les deux guerres militaires monopolisent l’actualité et les médias, polluent notre discernement. Le drame, à la veille du tragique, est la fin des ressources et le réchauffement planétaire, leurs conséquences pour la vie en commençant par les plus démunis ; le grand capital et ses alliés prospèrent sur le dos d’une humanité en souffrance.

Je crois à des négociations longues et à un compromis douloureux des deux conflits, au remplacement de l’hégémonie américano-européenne par la suprématie du libéral consumérisme mondial, et sa morale machiavélique.

Les images

De l’information, désinformation et intoxication, font partie de l’armement des guerres actuelles : elles perturbent les stratèges, enveniment le moral des troupes, minent la résistance de l’arrière-garde et des civiles. Les politiques ferraillent et sont relayés par tous les médias, au service de grands usuriers intéressés. Les entreprises sont assujetties à des résultats immédiats au maquillage grossier et leur image est mise à mal par des histoires périphériques. Les plateformes de streaming nous abreuvent de films et séries où la vitesse et la violence nous subjuguent. Le bon peuple se donne pour satisfait à vivre les images médiatisées des Tik Tok, Instagram et autre Twitter (Pardon X, pour pimenter la trivialité !?) qui envahissent tous les publics de tous types de message.

Les images préparées et transportées par nos appareils cellulaires, ordinateurs de poche, transforment le quidam de tout âge en producteur du film de sa propre vie. Ce mode l’abreuve de tout et n’importe quoi ; il se satisfait d’être mis en image et d’être partagé par une bande de suiveurs échangistes. La vie sociale glisse vers une forme d’autisme : la présence de l’autre est envahissante, le partage fatigant, l’intimité incommodante et le faire ensemble contraignant ; une image animée fait l’affaire, elle rompt la solitude existentielle, suivie d’une autre, instant d’illusion, et ainsi de suite jusqu’à ce que la fatigue précipite l’humain dans un sommeil insatisfait.

Les images dominent le monde, sans qu’une forme de satiété apparaisse. L’escalade ne fait que commencer, les pays les plus peuplés, demain en tête du classement des puissants, sont des marchés immenses…    

Au siècle dernier, les hommes, les entreprises et les institutions étaient préoccupés de leur image. La communication à leur service était un sujet compliqué : construire une identité. On étudiait des cibles segmentées, on communiquait par de nombreux vecteurs, on faisait une place à la présence physique, le « faire ensemble » était un sommet.  La Com est écrasée par l’urgence, préemptée par les réseaux sociaux et une foule disperse et mouvante d’influenceurs.