Les images

De l’information, désinformation et intoxication, font partie de l’armement des guerres actuelles : elles perturbent les stratèges, enveniment le moral des troupes, minent la résistance de l’arrière-garde et des civiles. Les politiques ferraillent et sont relayés par tous les médias, au service de grands usuriers intéressés. Les entreprises sont assujetties à des résultats immédiats au maquillage grossier et leur image est mise à mal par des histoires périphériques. Les plateformes de streaming nous abreuvent de films et séries où la vitesse et la violence nous subjuguent. Le bon peuple se donne pour satisfait à vivre les images médiatisées des Tik Tok, Instagram et autre Twitter (Pardon X, pour pimenter la trivialité !?) qui envahissent tous les publics de tous types de message.

Les images préparées et transportées par nos appareils cellulaires, ordinateurs de poche, transforment le quidam de tout âge en producteur du film de sa propre vie. Ce mode l’abreuve de tout et n’importe quoi ; il se satisfait d’être mis en image et d’être partagé par une bande de suiveurs échangistes. La vie sociale glisse vers une forme d’autisme : la présence de l’autre est envahissante, le partage fatigant, l’intimité incommodante et le faire ensemble contraignant ; une image animée fait l’affaire, elle rompt la solitude existentielle, suivie d’une autre, instant d’illusion, et ainsi de suite jusqu’à ce que la fatigue précipite l’humain dans un sommeil insatisfait.

Les images dominent le monde, sans qu’une forme de satiété apparaisse. L’escalade ne fait que commencer, les pays les plus peuplés, demain en tête du classement des puissants, sont des marchés immenses…    

Au siècle dernier, les hommes, les entreprises et les institutions étaient préoccupés de leur image. La communication à leur service était un sujet compliqué : construire une identité. On étudiait des cibles segmentées, on communiquait par de nombreux vecteurs, on faisait une place à la présence physique, le « faire ensemble » était un sommet.  La Com est écrasée par l’urgence, préemptée par les réseaux sociaux et une foule disperse et mouvante d’influenceurs.

Arithmétique binaire,

1 ou zéro : un progrès notoire pour installer l’informatique au centre de notre univers. Bien ou mal, mâle ou femelle, gagnant ou perdant, bourreau ou victime, aimer ou détester, vainqueur ou vaincu, le diable ou le bon dieu, juste ou arbitraire, riche ou pauvre etc. Nous avons installé dans notre mode de pensée des binarités simples, qui facilitent l’appréhension théorique, la mise en catalogue : efficace.

Notre culture occidentale a progressé techniquement et matériellement sous ce prisme inversé de la vie, et a élevé en référent majeur la monnaie : dénominateur commun des biens et des personnes. La gamme des couleurs s’est réduit à la lumière ou à son absence, la beauté est une valeur marchande, la poésie se confond avec la popularité : le propos est tranché, être ou ne pas être, la marge de doute est réduite.

Pas de contre-point évident à ce pragmatisme, au confort matériel, à la diminution des risques face aux adversités de la vie, à l’éducation et à l’information, pour les privilégiés : en deux siècles la population mondiale a été multiplié par 8 et l’espérance de vie par 2.

Plus difficilement mesurable le niveau de bien-être des êtres humains : les personnes sont différentes et leur vision, subjective, a évolué. Notre société crée des besoins sans discontinuer, génère en même proportion des frustrations.

Le judaïsme 10 ème siècle avant JC, et Platon 5ème siècle avant JC  croient en « L’homme, la mesure de toute chose » ; puis les autres religions monothéistes nous ont persuadé de notre suprématie sur la terre : la planète et la vie sont passées au second plan. L’animisme et le polythéisme plus complexes, poétiques, ont été oubliés. L’occident voit l’homme au centre de l’univers et le reste aux marges. Le matérialisme, pragmatisme progressiste, nous fait oublier ce qui n’est pas immédiatement source de profit, d’argent. Le futur va nous obliger à ouvrir de nouveau l’éventail des couleurs et reconsidérer idées et valeurs préconçues qui se cachent derrière la binarité de nos jugements : une pollution intellectuelle nous aveugle. 

Nous avançons comme un paquebot lancé à la surface d’un océan, fini, sans frein…

Ukraine 10/2023.

Le mois dernier Zelensky a réalisé une tournée internationale pour rappeler à ses alliés leur engagement. L’événement révèle sa préoccupation : la contre-attaque de l’été, malgré l’aide occidentale, n’a fait que de modestes progrès ; des problèmes internes de corruption polluent l’atmosphère ; la Pologne alliée de la première heure rechigne etc. L’endettement occidental, après le Covid 19 n’a jamais été aussi élevé : l’élan initial de solidarité passé, l’opinion publique occidentale se lasse. Pourquoi autant d’argent dans une guerre lointaine ? Oubliant le problème géopolitique !

Après 18 mois de conflit, l’Ukraine est mieux armée et préparée : l’aide occidentale équivaut à une année de son PIB. Les pays d’Europe, premiers pourvoyeurs, ont perçu dès les premières heures le danger mortel de l’invasion Russe. La guerre va se prolonger bien que l’objectif initial de la Russie (L’annexion pure et simple de l’Ukraine !) soit improbable. La stratégie militaire de l’Ukraine est imaginable : création d’un couloir donnant accès à la Mer D’Azov pour isoler le secteur sud du champ de bataille et fragiliser la défense de la Crimée. L’effort est colossal ; peu motivés, les Russes ont les moyens de résister des mois, voire des années.

Si la vision impérialiste de la Russie n’évolue pas (Eltsine l’avait déjà déploré), deux inconnues peuvent changer la guerre : 1) Poutine, à la tête d’un régime maffieux, est au service d’oligarques variés et nombreux ; si ce conseil de l’ombre n’est pas satisfait (La guerre coûte chère et 300 Milliards de $ d’avoirs russes sont bloqués dans les banques occidentales !), la pieuvre peut décider de changer l’Exécutif. 2) Le président chinois poursuit son triple jeu : ménager la Russie, voisin et allier obligé ; ne pas importuner ses principaux clients, les occidentaux ; poursuivre son rôle de leader du Brics, la promotion de la « Route de la soie » et le leadership international. L’homme au sourire de Bouddha, 1er exportateur mondial, apprécierait une pacification de l’ambiance internationale avec une augmentation du commerce, levier important de la croissance de la Chine.