16/08/24,

Cher Ami,

Il y a 650 millions d’années, éponges et méduses surgissent sur la planète terre ; les dernières inventent yeux et une connexion cellulaire nouvelle, le futur système neuronal du règne animal.

Le stage suprême de l’activité cérébrale peut être la conscience : conscience des gestes et attitudes, des sensations ou des intuitions, d’être et, au-delà de celles du quotidien, d’expériences qu’artistes et scientifiques multiplient. La conscience est localisée dans la partie postérieure du cortex cérébral. La différence intellectuelle de l’évolution humaine est le développement de la partie frontal ; les animaux possèdent probablement une forme de conscience ; elle nous oblige à une certaine considération pour le reste du règne animal, voire pour nos ancêtres les méduses. L’homme n’est pas le seul doté de conscience, d’âme ou similaire.

L’être parlant se différencie par sa capacité à élaborer, à créer des concepts, à théoriser : il appréhende la réalité par l’esprit à travers le(s) langage(s). Les mots et ce qu’ils représentent, avec l’aide de notre imagination, (re)créent un monde, imaginaire ; à chaque individu le sien. Nous prenons de la hauteur et, ce faisant, nous nous excluons du reste des êtres et du réel de la vie. La culture occidentale qui y est pour une bonne part, a mis en place des systèmes fantasmatiques, chimères largement partagées : la religion monothéiste, l’argent, la société de consommation, le monde du divertissement etc.

Si les animaux de compagnie, une minorité, ont gagné un statut parfois supérieur aux êtres humains, les autres, la grande majorité, n’ont pas droit à notre commisération ; un exemple, les bêtes d’élevage destinées à notre alimentation.

Des biologistes récemment sont arrivés à la conclusion que les végétaux sont aussi dotés de celleules semblables à des neurones, capables probablement d‘une forme de conscience de sentir, d’être, de communication entre elles.

La Vie sur terre nous oblige par le réchauffement global et ses conséquences de revoir notre copie. Elle nous apporte l’ardoise d’un abus de pouvoir : la pollution humaine de l’anthropocène.

Passez le chapeau!

26/01/24

Cher ami,

En août1789 en France, le Tiers-état avec la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen (DDHC) établit les principes des droits individuels et communs, et leur mise en œuvre à l’occasion de l’abolition des privilèges féodaux : 1) liberté et égalité en droits 2) les droits naturels et imprescriptibles de l’homme : liberté, propriété, sûreté et résistance à l’oppression. 3) la souveraineté de la Nation distincte de la personne qui la dirige, et la séparation des pouvoirs politiques (Montesquieu). Elle établit le droit en trois catégories principales, les hommes (tous), les citoyens (les Français), la Nation (ses diverses représentations). Elle est promulguée en novembre par ordonnance (la dernière) de Louis XVI avec les 19 articles de la constitution.

Influencée par la révolution américaine (1775- 1783) et sa constitution (1787), par les philosophes britanniques et ceux des lumières, la DDHC, malgré de nombreuses critiques, sert de référence à de nombreux textes : la Déclaration Universelle des Droits de L’homme (1948), la Convention Européenne des droits de l’Homme (1950), la Constitution Française de (1958) etc.

J’ai fait un rêve : alors que l’occident, aveuglé par le libéral capitalisme entaché de colonialisme, considère les 4/5 de la population mondiale comme « le Tiers-monde », ses représentants faisaient valoir une Déclaration des Droits de la Vie et de la Nature : objectif, abolir le droit hégémonique de l’être humain à disposer de la planète.  Article 1) toutes les formes de vie en principe ont une valeur égale et doivent être préservées. Article 2) les hommes et leurs émanations qui ont exploité, esclavagé la nature sont responsables de sa conservation et de sa réhabilitation. Article 3) la souveraineté de l’univers et sa représentation n’ayant jamais trouvé leur place dans l’Organisation des Nations Unies, il est nécessaire de réunir une assemblée générale constituante. La représentation proportionnelle de tous les peuples veillera à l’élaboration d’une constitution internationale et sa législation visant la survie de la planète et de ses composantes, pour repousser la fin du monde.

Haïku,

J’ai découvert récemment ce poème japonais de trois vers et dix-sept syllabes (5, 7, 5). Loin d’être l’unique expression de la poésie japonaise, elle est remarquable par sa simplicité et sa finesse, sa densité et sa légèreté. Dans sa brièveté le poète, célèbre ou quidam*, a une contrainte supplémentaire : il doit faire apparaître, suggérer le temps, la saison. L’objet du poème est saisir dans sa banalité le moment unique, l’instant, en transmettre le souffle, la note moirée : illustration fugace, où le sens des mots ordinaires tend à disparaître pour faire place à un émoi. Un singulier prend la parole, ni marqué par l’individuel ni par le privé, il lance :  

Au clair de lune
le prunier blanc redevient
un arbre d’hiver

Buson Yosa

Irruption d’un instant où se cueille une nuance, une subtilité qui émeut. Une vibration liée à la relation entre les mots sans causalité, un évènement cosmique en filigrane qui appartient à tout lecteur : une individuation offerte. Une capture sans ponctuation pour laisser les mots respirer, l’esprit circuler, le lecteur voyager. Un geste qui s’éternise, un particulier non réducteur, une contingence.

Aube du Nouvel An

Le jour d’hier

Comme il est loin

Ichiku

Photographie à la texture fugitive, les mots et leur agencement définissent l’espace-temps (« Ma » en japonais) d’un seul trait, marque et infinitise. Une aile nous frôle, sa brièveté nous conduit à l’essence suggérée de l’instant, se conclut à la suspension de la lecture. On savoure la longueur d’une fluide inspiration, une persistante fugacité.

« Le haïku va vers une individuation intense » Roland Barthes

« C’est à la cime du particulier qu’éclot le général » Daniel Halévy

Cette forme poétique est installée, intègre la culture japonaise comme la « Musique Populaire » au Brésil, transversale, partagée. La pratique du Haïku est populaire, comme un exercice, un sport national ; 60 revues et les colonnes des quotidiens l’abritent, nombre d’entre eux sans signature.