Récemment WhatsApp and C° n’a plus existé, pour quelques heures ; à l’occasion, une réunion de famille (re)prit un mode ancien, impromptu, libre de la contrainte d’exister virtuellement : rencontre dotée de l’intensité de la présence réelle, coin du feu, sans bruyante interférence impérative, vague nostalgique évanescente…
La nouvelle vague nous persuade de l’urgence de la vie ailleurs, sur les « réseaux sociaux » : de Meta en Youtube, en passant par Twitter, Linkedin, Instagram, Pinterest, TikTok, Clubhouse, Twitch, WhatsApp etc. Tout est là et si on n’y est pas, on n’existe tout simplement pas.
Le langage, les arts et la lecture, la télévision le siècle dernier nous ont préparé aux mondes artificiels. Le Covid 19 – Tremblement de terre planétaire à l’intensité mal mesurée, sans date pour se conclure et dont la numération pourrait bien se poursuivre ! – a accéléré l’ascension du virtuel. Néo-naturalité, les entreprises embauchent, travaillent, licencient sans que les individus ne se rencontrent physiquement ; l’automation remplace l’opérateur humain ; les algorithmes anticipent nos désirs et guident nos choix ; nos achats sont livrés presque sans contact ; la domotique nous garantit le confort domestique ; le direct à l’écran substitue la présence de l’être cher ; après l’animal domestique robotisé, le compagnon idéal, corvéable à plaisir… Quant à l’univers du divertissement il a devancé le mouvement. Les êtres humains dans une proportion croissante glissent dans le monde virtuel, évolution peut-être nécessaire et refuge non sans risque : un défi pour l’humanité plus difficile que de jouer avec le feu.
L’humain, à la prépondérance évidente à l’échelle de la planète au point d’en bouleverser l’équilibre, est lancé en accéléré sur la voie de la fiction. L’individu urbain trouvera un nouvel équilibre entre la fiction dominante et la réalité de la Vie qui se rappelle à lui violemment. L’être parlant est d’abord un corps doté de cinq sens, voire plus, sensuel et affectif. Le tout fiction est une Fiction, absurde ! Ou les génération futures seront des avatars…
Sur des millions d’années, australopithèques et paranthropes (ex-primates) laissent leur démarche ambiguë et améliorent leur déplacement. La planète assiste à une évolution semblable, multiple et anarchique avec deux avancées vers les homos habilis, ergaster et autres erectus : l’ingestion de viande et le métissage des races entrainent une augmentation de la masse céphalique et un embryon de créativité ; une pierre devient un utilitaire permanent, on élabore un outil pour chasser et couper la viande. Virage majeur, il y a un million d’années surgit un protolangage avec l’utilisation aléatoire du feu ; sa domestication, il y a 100 000 ans, et la cuisson des aliments, rendus plus énergétiques, développe le cerveau : vie sociale, premiers objets manufacturés, peinture (40 000 ans) langage à dimension symbolique.
Le sapiens, dernier représentant des Homo (Africain il y a 300 000 ans et sans concurrence depuis 10/20 mille ans) a une éthologie : vêtements, outils, langage, domestication du feu et de certaines races animales et végétales, comme les autres homos ; récemment un développement cognitif inclue abstraction et introspection. Le langage pragmatique, intègre des idées, des sentiments, des valeurs, des concepts. Les mots expliquent la vie, des progrès en tous genres, produisent émiettements, poésie, mystification et fiction : nouvelle réalité humaine sans limite. Un exemple, le commerce : après le troc la monnaie, variable dans l’espace, le temps et par les supports : graines, thé, pierres, objets, morceaux de tissus, outils, animaux, rondelles en métaux précieux. La monnaie tient un temps sa valeur au réel de l’objet. Puis symbolique, on frappe du métal et imprime du papier. Depuis 50 ans le total de l’argent circulant n’a plus de contrevaleur. Hier le bitcoin, la plus rapide expansion monétaire de l’histoire, est né d’un pari sur l’avidité libérale et sa volonté d’indépendance. Des joueurs opportunistes, camouflés, défient les marchés avec un avatar sans contrôle : en 10 ans ont été créés mille milliards de dollars, la moitié du PIB de la France ! Chimère à suivre…