Entre absurde et non-sens.

Trois sens à « conscience ».

Le premier : état physiologique des êtres vivants du règne animal synonyme d’éveil, de lucidité.   

Le deuxième : la dimension morale. La conscience nous partage : lutte interne entre super-ego, ou normes intégrées de la socio-culture (Religieuses !), et les pulsions polymorphes de la vie, perverses. Pour chaque individu s’entre-ouvre la porte à une recherche éclectique entre plaisirs et frustrations ; on y ajoute la jouissance de la culpabilité et des punitions, celle de la dialectique interne de contournement et relativisation, et aussi celle la soumission/subversion aux lois liquides de la vie, l’immense miroir de la nature : écologie niveau zéro.

Le troisième est celui de la conscience, connaissance de son environnement, et de soi-même ; sentiment archétype de la vie émotionnelle humaine comme l’amour, la liberté, la peur, la joie, l’espoir etc. La conscience de soi a une place particulière : l’intuition autiste de sa propre existence. Le sujet perplexe est séduit par l’infini perspective de deux miroirs en vis à vis : je sens donc je suis, et vice versa… Le ressenti émotionnel auto-qualificatif est la preuve primaire de sa propre existence. Avant « Je pense donc je suis », le genre humain, doté de langage, élève d’un degré la réflexion : élaboration verbale, intellectuelle, de la conscience de soi, exégèse du ressenti. La poétique mystificatrice y trouve la preuve de l’existence d’une âme humaine, d’essence divine : pure acte de foi. Avec cet axiome l’homme invente une finalité à la vie et s’extrait par le haut de la nature. Doté d’un statut incomparable dans l’infini de l’univers, il y règne : absurde !

Le multiculturalisme asiatique, bouddhisme, taoïsme, hindouisme, confucianisme etc., pas plus récent ni moins élaboré que notre islamo-judéo-christianisme, approche différemment la nature : l’univers est au centre de l’étude de la vie. Force dominante, elle est le principe de la recherche du bien-être de l’être humain. Pour s’en rapprocher, la méditation et une sorte de quiétisme naturelle sont des exercices de prise de conscience du non-sens de la vie. Why not !

#conscience

#humanité

Vide constitutif.

Du lieu commun des réunions de famille, ou d’amis, surgissent les souvenirs ; attisée par un rien d’alcool, la discussion s’envole avec les points de vue des mémoires incertaines, objets de divergences, surenchères, digressions…

En petit comité sous le sceau de la confidence, les réminiscences apparaissent. Ces ombres, qui nouent nos émotions, s’énoncent laborieusement ; à ce ressenti individuel on ne peut que compatir.

Dans le secret du cabinet de l’analyste, le sujet intéressé par l’ancrage de sa personnalité se livre au sauvetage d’un écho de l’inconscient : reflet des évènements que le temps a gommé, traumatismes diffus qui nous manipulent.

Un non-voyage (No go !) dans le temps m’agite ; celui des absences qui m’encerclent, de ce vide qui m’enlace. Quid de mon premier cri ? Lorsqu’un représentant du corps médical m’a reçu parmi les vivants d’une tape sur les fesses : de la douleur irradiante de l’air déchirant mes poumons ! Primordiale. Quid de l’odeur du sein de ma mère ? De sa chaleur, du goût de la première succion… Pas de trace de la première séparation à l’entrée du jardin d’enfance… Rien de l’émotion du premier baiser ni de l’élan qu’il venait en quelque sorte sceller… Pas plus de nomination, ni de souvenance de l’anxiété vitale de mon être vierge au mystère de la confrontation amoureuse… L’homme avance devant ce vaste oubli, brouillard insaisissable, creux infini sans paroi !

J’évoque non pas l’exercice d’imagination, prose ou poésie vertueuse, émouvante création pour une communion inspirée, mais le vide de la méconnaissance, de l’amnésie de ce qui n‘a ni registre, ni ombre, ni écho : ce trou béant qui nous constitue aussi fondamental que notre mise au monde, abîme nécessaire à l’être de l’humain pour vivre, heureux et malheureux, constitutif. Tous les efforts rationnels, scientifiques, religieux, artistiques, psychologiques témoignent de l’impossibilité à appréhender ce vide majeur, entre-aperçu dans la profondeur de l’univers.

 Comment ne pas se souvenir de ne pas oublier ce dont je ne me rappelle pas, que « La vie n’a de sens que sa propre existence »*.

*Jacques Fux      

Coup de lune.

A Klein Bottle,
Steve Hodgson

Une vie sinueuse m’égare dans le temps, me disperse dans l’espace.

Le passé marque mon individu, l’alourdit de meurtrissures. Le futur plane à mon fol horizon, définitif miroir aux alouettes.

Prisonnier de l’immense toile nostalgique, halluciné par le désir d’une potentielle éclaircie, je néglige le présent.

L’insaisissable fluidité du temps me suspend, tel le cerf-volant, dans la houle d’une quatrième dimension.

La littérature me livre moult illustrations inspirées voire poétiques : elles me font passer le temps sans m’en donner l’essence.

Moebius et sa demie torsion de ruban me laissent sans dessus dessous : j’erre au vu de la banale réalité.         

Mon sablier/bouteille de Klein m’obsède : le circuit sans dedans ni dehors assène à mon esprit à quatre dimensions une irrémédiable défaite.

Perplexe, j’opte pour la dégustation appliquée, tous sens aiguisés, de mon verset préféré, « Carpe diem » à la lueur de la pleine lune.