Cher Ami,

La vie actuelle transforme les individus en moyen de production, pour peu en produit consommable dans le seul objectif d’entretenir et de développer la société prééminente, de consommation ; en retour une considération comparable à celle des animaux d’élevage. L’amélioration attendue du bien-être des femmes et des hommes, et la sauvegarde de la planète en seront, ou pas, les conséquences. Que penser de l’enrichissement démesuré et croissant (les 25 personnes les plus fortunées de la planète possèdent plus que la totalité des 50% les plus pauvres, soit 4 milliards et 150 millions d’humains) de quelques milliers de personnages ? Nous sommes l’huile des rouages de ce fol engrenage.
Les circonstances m’ont favorisé, un peu, tel un vieil animal, je suis au vert. L’idée de dépassement, la course au mérite, le besoin d’être reconnu, m’ont quitté ; j’ai pris le chemin de la redécouverte de la vie dans un pays nouvellement inconnu : une démarche sans horizon. La vie est impalpable dans son essence : partout représentée, introuvable elle se manifeste en bulle autour de moi. Son appréhension est à la fois évidente et impossible : sa connaissance ne relève pas de l’approche intellectuelle ou sensible, ou même de la combinaison des deux, mais d’une forme de renoncement à exister en tant que conscience. A l’intuition, je me délite dans une communion avec mon entour ; je quitte le centre de ces circonvolutions vibrantes, me confond avec elles dans une absence de conscience vers l’essence de la vie : méditation errante.
La jouissance des désirs les plus banals autant que leur réalisation m’abreuve ; le plaisir du regard amoureux sur la chose plus que sa capture d’image ou sa possession : la simple impression rétinienne m’émeut, intensifie ma sensation de vivre. Exister est vibrer à l’unisson du moment cueilli dans l’univers infini, détacher des lois et des obligations, des contingences de temps et d’espace : émotion pleine à la délectation fragile. Contemplatif agnostique, j’ai décroché de l’approche élaborée pour tendre à une intégration avec le vivant, un lâcher-prise en direction d’une stricte animalité. Petit délire !

